Sur itinerarium.fr

Après avoir affirmé que la « tiédeur affaidi le christianisme » et que « la foi doit parler d’une façon plus incisive, sans faire de compromis », c’est un Pape combattant qui vient de célébrer les 50 ans du Concile Vatican II, et qui vient de prendre à rebours de nombreux errements post-conciliaires, ainsi qu’un certain christianisme mou et consensuel…

Le Concile de Vatican II constitue indéniablement une révolution dans l’Eglise catholique. Mais la révolution demeure clairement inachevée. C’est même une réinterprétation globale du Concile qui doit avoir lieu. En Europe, le recul de la pratique, de la foi chrétienne, en nos pays de vieille chrétienté, la montée de l’indifférentisme ou la crise des vocations sont des signes croissants des errements post-conciliaires. Nul mieux que Benoit XVI, qui vient d’ouvrir les festivités, ne le sait.

Benoit XVI, qui a célébré aujourd’hui une messe pour les 50 ans du Concile de Vatican II, n’a pas oublié de rappeler que son interprétation n’en était guère finie, pointant de fait les errements post-conciliaires des églises, desquels l’église française a pris une bonne part… L’« herméneutique inachevée de Vatican II » requiert son accomplissement.

 D’une part en « retournant aux documents du concile Vatican II, en les libérant de la masse de publications qui les ont souvent cachés au lieu de les faire connaître. », c’est-à-dire toutes les publications annexes qui ont voulu s’emparer de l’esprit du Concile et l’orienter vers leurs propres desseins, afin de le « politiser » et de le « dénaturer » dans leur sens – souvent très progressiste et de gauche… D’où les réactions internes parfois violentes des « traditionnalistes », parfois leur exclusion (FSSPX) et la politique de rassemblement entreprise par le pontificat en place. La « génération Benoit XVI » n’est pas plus conservatrice qu’une autre ; elle appelle elle aussi à une « juste lecture du Concile ».

 D’autre part, il s’agit d’ouvrir une nouvelle interprétation du concile avec le synode de la « nouvelle évangélisation » qui vient de s’ouvrir au Vatican pour l’occasion. Pourquoi « nouvelle » évangélisation, s’il y en avait déjà une ? L’évangélisation classique tend à véhiculer le message de l’Evangile à ceux qui ne l’ont pas encore reçu, c’est la missio ad gentes, « c’est-à-dire l’annonce de l’Évangile à ceux qui ne connaissent pas encore Jésus Christ et son message de salut » et, d’autre part, la nouvelle évangélisation, « orientée principalement vers les personnes qui, tout en étant baptisées, se sont éloignées de l’Église, et vivent sans se référer à la pratique chrétienne. ». Et c’est particulièrement le cas en Europe…

Conscient du caractère séculier du Concile, le saint Père veut « rappeler combien les documents de ce Concile sont pour notre temps une boussole qui permet à l’Église d’avancer en haute mer, au milieu des tempêtes pour naviguer en sûreté et arriver au but ». La prise en compte de la séculatisation de la foi fut effectivement un des plus grand acquis du Concile ; il n’en reste pas moins que le « but », lui, est surnaturel. Cela, le Saint-Père n’a de cesse de le rappeler. Que l’Eglise rentre en dialogue le monde, voilà qui est honorable ; mais le Saint-Père rappelle combien être en dialogue avec le monde ne veut pas dire être « comme le monde », et il est impossible d’en venir jusqu’à séculariser les grands principes du christianisme : « lorsque la foi en Dieu est absente, l’essentiel s’écroule parce que l’homme perd sa dignité profonde et ce qui fait la grandeur de son humanité, contre tout réductionnisme. ». Ainsi la charité ne peut se réduire à simple « fraternité », ou encore l’espérance en l’espoir d’une société parfaite ici-bas. C’est pourquoi le Saint-Père insiste sur le fait que la réception du Concile doit « garder intacts tous les contenus pérennes de la foi sans renoncer à rien ni faire de compromis. ».

La difficile articulation des difficultés du temps présent et le contenu intemporel constitue tout le défi de Benoit XVI et de l’Eglise catholique. Ce fut aussi le défi du Concile Vatican II il y a cinquante ans. Les défis se suivent et se ressemblent. Difficile ambivalence, inscrite chez les chrétiens depuis la mort d’un certain Jésus de Nazareth.

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