Sur Nouvelles de France

«Vinum bonum laetificat cor hominis – Le bon vin réjouit le cœur de l’homme », mais les cœurs sont aujourd’hui contrits, et le bon vin se fait rare. Le secteur – d’excellence – du vin français, comme la plupart des autres secteurs agricoles, est aujourd’hui en crise. Une crise tout à fait parallèle à la crise des cœurs, qui est, elle, sans modération. De cette double crise, il y a une issue : boire du vin !

Longtemps, le vin a connu son expansion, son perfectionnement et son implantation dans les mœurs grâce aux ordres monastiques présents en France. Ainsi, la majorité des pieds de Bourgogne ont été mis en place par les cisterciens de l’Abbaye de Citeaux et de ses annexes – qui reçoivent d’ailleurs, par un remerciement et par une sorte de justice céleste, une caisse de vin de chaque producteur de vin de Bourgogne. Sur la même lancée, le Vatican reste le premier consommateur de vin au monde (Wine Institute: consommation de vin par habitant et par pays). Aujourd’hui, le secteur des vins français est en crise. À cause d’une surproduction mondiale, souvent implantée grâce à des plants français – qui ne se gargarise pas d’avoir trouvé un bon vin des États Unis, d’Argentine, d’Afrique du Sud ou du Chili ? Mais aussi d’une très lourde législation qui pèse sur les terroirs (labélisation, rendements, irrigation, technologie…), et de la grande distribution qui a pris depuis 30 ans une place croissante dans la distribution des vins, pour atteindre 75 % des ventes de vins aux particuliers aujourd’hui, avec des produits à faible marge pour les producteurs. Selon l’INSEE, la consommation moyenne des Français serait en baisse, passant de 126,9 litres par personne et par an en 1960 à moins de 54 litres aujourd’hui. Résultat : une diminution de 3,6 % des surfaces plantées en vignes entre 1996 et 2006 ; et le rachat de certains grands domaines français par des Chinois…

Le vin est un secteur en crise, mais pas plus que tout autre secteur, me direz-vous. Mais il touche quelque part au cœur de la « chose française ». C’est qu’il a des vertus proprement patriotiques. Profondément ancré dans la culture française, façonnant des terroirs et un certain art de vivre français, fournissant les « jobs d’été » aux jeunes étudiants pendant les vendanges – moments forts de la vie estudiantine – ou des retraites plus ou moins dorées aux grands cadres parisiens… Et je passe sur les bienfaits du vin sur la santé, lui qui aiderait à limiter les risques d’accident cardio-vasculaire ou préviendrait de la maladie d’Alzeihmer. Remarquons encore que boire du vin – avec toute la modération requise, « Trop ou trop peu de vin interdit la vérité » disait Pascal, permet, outre de relancer une industrie qui tient encore la deuxième place de nos exportations, d’évacuer ce stress et cette médiocrité qui nous environnent et nous tiennent à la gorge en ces temps de « crise » généralisée. Un verre de très bon vin français aide à cela, et rajoute cette pointe de luxe et de sublime qui rend les fardeaux de la vie moins lourds à porter. Car si Balzac a raison, et que « rien ne grise comme le vin du malheur », Goethe n’en a pas pour le moins tort : « le vin de sert au rapprochement des peuples »…

Un dernier mot spirituel, et pas le moindre. Jésus changeait l’eau en vin. À y regarder de près le passage des Noces de Cana, le calcul est simple : Jésus aurait changé, à la demande de sa Mère, plus de 600 litres d’eau en vin (soit « six jarres de pierre » de 100 litres chacune). Exactement de quoi répondre à la crise économique et morale que traverse notre civilisation…

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