Sur Boulevard Voltaire

Le ramadan démarre dans une fanfare médiatique, politique et avec la bénédiction des responsables marketing des supermarchés de banlieue. Visible, communautariste et exotique, le ramadan semble devenu le rite religieux le plus suivi en France, ce qui ne peut manquer de questionner le chrétien, et de le mettre en face de sa propre pratique. Montrez-moi un chrétien qui jeûne encore pour le carême. Qui voit et célèbre encore en Noël autre chose qu’un repas et des cadeaux en famille ? Paradoxalement, le ramadan pourrait permettre de décomplexer les chrétiens vis-à-vis de leur pratique religieuse et de leurs traditions.

Le contraste entre le battage médiatique autour du ramadan et le silence entrecoupé de moqueries qui entoure les pratiques religieuses de l’Église catholique est significatif de l’ambiance idéologique qui règne en France. Il suffit de sortir de sa sacristie pour constater que la pratique religieuse catholique (confession, carême, pénitences, etc.) est perçue comme extrêmement ringarde, y compris par de nombreux catholiques ; a contrario, il est extraordinaire pour tout ce beau monde de voir les fidèles musulmans respecter leurs rites et leurs pratiques plutôt visibles.

Décidément, le musulman est chouchouté par les marchands et leurs rayons « spécial ramadan », les médias et leurs « enquêtes » à la« rencontre des pratiquants », ou encore les politiques et leurs « soirées ramadan » aux frais du contribuable (Delanoë).

En termes de visibilité, et peut-être même de population, le ramadan est beaucoup plus pratiqué que ne l’est le jeûne de carême. Ce qui nous renvoit à notre non-pratique cultuelle, et notre vide culturel et communautaire. Les dogmes se « démocratisent ». Les pratiques sont librement choisies, subjectivement. On ne va plus à l’Église que par convenance ou « sociabilité ». Les fêtes sont totalement dépouillées de leur caractère chrétien. Les rites, les pratiques et tout ce qui est un peu trop contraignant, comme le jeûne, les confessions ou les pénitences, sont écartés comme « désuets ».

C’est dans ce cadre que la pratique très visible du ramadan en France devrait interroger tout chrétien, ou même tout patriote qui sait que la vie de son pays, de ses régions et de ses villages a été portée par une ritualité chrétienne. La pratique du ramadan en France pourrait permettre de réinterroger notre rapport à notre propre religion, à nos propres traditions et à nos propres repères.

Le ramadan réimplante au cœur de la France un sens de la communauté et une ouverture au sacré que les Français en général ont complètement abandonnés. Si le ramadan peut servir d’aiguillon pour les chrétiens, et réveiller les traditions, les rites et les belles pratiques religieuses, alors je dis : bon ramadan !

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