L’Eglise catholique, sa hiérarchie pyramidale, son histoire impressionnante, ses règles de vie, ses moeurs puritaines, ses exigences catalogales…  en quoi répond-t-elle à l’amour librement vécu, seul commandement évangélique ? Dilige et quod vis fac, disait saint Augustin : aime et fais ce que tu veux. Justement…

Copyright Vivien Hoch

Il est de bon ton aujourd’hui de décrier la morale et de se faire sa religion à la carte, dépouillée de ses règles obligeantes afin de se libérer des «carcans» moyenâgeux et démodés. La révolution (des moeurs, et de l’Eglise) est passée par là ! Rien cependant n’enlève à la saveur de l’obligation. Le Cardinal Vingt-Trois rappelait récemment au cours d’ordination à Notre-Dame de Paris à quel point il est impensable aujourd’hui de s’astreindre à l’obéissance, la pauvreté et la chasteté. Et pourtant, qu’il est doux de ne plus être soi-même le centre de ses attentions, et d’aimer véritablement – ad extra, l’autre comme tel, pour l’Autre avec une majuscule, Dieu.

L’amour procède de cette dépossession de soi, qui, comme par un retournement elliptique, revient à soi embelli par le non-soi, c’est-à-dire le tout, celui de l’autre et de Dieu. Or une dépossession est un don, et le don doit se faire en règle. Régler sa dette, non par parce qu’il le faut, mais parce que l’aimé le mérite, auto-justifié qu’il est par son amabilité. Une obligation à mesure de l’aimé, qui veut donc que l’obligation soit infinie si l’aimé est infini…

Mais si j’aime Dieu, pourquoi toutes ces ordonnances ? Il est évidemment ridicule d’obliger quelqu’un à aimer. Il ne s’agit pas d’obliger à aimer, mais de s’obliger par amour. De même que la loi, en Dieu, est « nec eius lec est aliud ab ispo – n’est autre chose que son être qui est amour» (Thomas d’Aquin, Somme de théologie, Ia IIae, qu. 91, art. 1, ad. 3), la loi s’auto-justifie par le caractère d’être-aimant de l’aimant.

Nul doute qu’en présence de l’aimé, aucun écart n’est permis. Devant la femme de notre vie, aux premières heures de sa rencontre ou aux dernières de sa mort, durant les relations épistolaires (ou sms-iques) ou encore en diner galant, chaque geste s’auto-mesure : nous contrôlons patiemment chaque phrase et chaque posture. Ou l’aimée ne l’est pas vraiment. Il en est évidemment de même avec Dieu, et ces gestes maladroits – le péché – restent à éviter. Saint Thomas d’Aquin définissait l’obligation ab negatio, comme par le mal qu’il faut éviter :

«Hoc est obligare, scilicet astringere voluntatem ut non possit sine deformitatis nocumento in aliud tendere» (II Sentences 34, qu. 3, art. 3)

L’amour oblige, et l’obligation vient de l’amour. Ces postures amoureuses, cette volonté droite devant Dieu, voilà ce que les Pères et les Docteurs, mais aussi tous les saints et chaque fidèle amoureux, proclament ici-bas et dans l’Univers invisible à qui veut l’entendre – en prière. Un discours silencieux et invisible au monde s’est amassé, véritable trésor doctrinal  dont seul leMagistère détient les clefs du coffre, quel qu’il soit, aussi humain qu’il soit – c’est lui qui en possède la charge.

Nouvelle Evangélisation ? – ré-apprendre à légaliser l’amour… 

Un dernier mot. L’attraction contemporaine pour l’islam, qui est une véritable organisation pharisaïque de règles de vies, répond à cette recherche de stabilité au coeur d’une société caractérisée par l’instabilité. L’amour seul, libre mais patient, puissant mais mesuré, doit tout à la fois faire l’objet et être le principe de notre tenue en ce monde. Exactement celle que proposel’Eglise

Vivien Hoch

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