Sur Mediavox

La république, que je n’écris plus, aujourd’hui, avec une majuscule, se moquerait-elle d’une grande partie de sa jeunesse ? Elle, qui est née dans le feu et le sang des révolutions, qui entretient la flamme perverse du mythe « mai 68 », qui recule devant des racailles bestiales ou qui accède aux revendications des étudiants les plus violents (2006 – CPE), verrait donc dans des manifestations « pour tous », roses et bleues, quelques jupes plissées et des serre-têtes, les forces sombres de l’histoire et le mouvement le plus nauséabond depuis la nuit des longs couteaux ?

La plaisanterie ne fait plus rire personne, sauf les soixante-huitards pantouflés. C’est tout particulièrement – et lucidement – contre Mai 68, contre ses auteurs et son mythe exécrable, que nous, jeunes bien éduqués, avons une profonde colère. Car soyons sérieux deux minutes : on ne peut pas bercer toute une génération en leur narrant avec grandiloquence les événements de mai 68, les nourrir au lait aigre de cette période « libératrice », et attendre d’eux qu’ils se rangent comme des moutons au diktat implacable des dieux – ô combien – mortels du Progrès et de l’Égalité, sans qu’ils en viennent à ne serait-ce que bouger un sourcil devant leur hypocrisie flagrante.

Fini le dialogue démocratique, il est rompu par l’instrumentalisation du langage et l’histoire. Tout cela n’est plus qu’une farce. Les soixante-huitards sont devenus des oligarques bedonnants, nourris au système et cassant imperturbablement le même sucre sur le dos des français, désormais abrutis par des divertissements issus de la même hubris hédoniste que celle de leurs bourreaux et enchainés intellectuellement par des médias pervers et panurgismiques.

Les soixante-huitards nous ont vendu deux fois : ils nous ont vendu à leur utopie perverse, puis nous ont vendu à leur fauteuil doré de dignitaire oligarchique.

Ils ont d’abord rompu la filiation patriotique qui faisait que le mot « France » avait encore un sens avant qu’ils ne lui lacèrent le corps et le sens depuis ses propres entrailles. Ce sont des destructeurs devant les siècles : ils ont détruit, au sens propre – je les vois encore narrer avec une joie non dissimulée leurs minables aventures de casseurs de vitrine ou bruleurs de voitures – et au sens figuré – de la déconstruction des catégories morales et intellectuelles. Cette destruction se poursuit, bien après qu’ils aient arrêté de monter des barricades en s’asseyant dans leurs fauteuils dorés. Leurs barricades sont bien plus perverses : elles bouchent par toutes les perversions possibles les possibilités de réaction à la marche glorieuse du Progrès vers l’ultra-hédonisme chosificateur et le nihilisme intersubjectif. Ils continuent leur combat, mais par des moyens beaucoup plus lâches. L’idée de France que nous devions hériter est bel et bien au fond de la fosse commune sémantique. Nous sommes devenus des choses inertes sous le rouleau compresseur du Progrès et de leur assiette dorée.

Que de telles marionnettes d’elles-mêmes et de leur folie viennent aujourd’hui nous donner des leçons quant à notre « révolte conservatrice », constitue la plus grande farce de ce siècle. On ne peut pas encenser dans les livres scolaires et les congrès EELV les barricades, les feux de voiture, les provocations et les affronts faits à l’autorité, et dans le même temps fustiger une jeunesse en colère, qui se défend pour préserver les derniers soupçons de morale dans ce pays, qu’ils ont eux-mêmes saccagé. Le dialogue est rompu ; nous ne pouvons pas dialoguer avec un homme qui a jeté des cocktails molotov sur la police pour défendre ses perversions hédonistes et qui aujourd’hui nous traite de « fasciste qui remet en cause l’ordre républicain » parce que nous nous rebellons, justement, contre le désordre. Nous tentons de reconstruire ce qu’ils ont détruit. Nous voulons de l’autorité, des règles, de la morale, du bon sens et de la raison. Pas de l’ultra-hédonisme de masse, des jeux sans pain, des catégories sexuelles brouillées et d’une nouvelle religion républicaine christianophobe.

Nous, jeunes d’aujourd’hui – ceux du moins qui ne sont pas encore totalement abrutis par la massue de l’ultra-divertissement – constituons une génération en colère. Nous ne pardonnerons pas à ces parangons du vice d´avoir sacrifié notre avenir et notre passé sur l’autel de leur hubrisd’adolescents dégénérés et de leur carrière minable de contempteurs du système. Nous leur en voulons. Et nous remettrons de l’ordre et de la morale ; s’il le faut par des actions légales.

Vivien Hoch

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