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Article de Vivien Hoch sur Nouvelles de France

Ce ne sont pas seulement les récents propos de François Fillon qui sont politiquement ambigus, c’est le personnage tout entier. Il a indéniablement une carrure d’homme d’état – beaucoup plus, soit dit en passant, que les pitres du gouvernement actuel – et un charisme naturel qui permet aux français de « bien le sentir », comme on dit dans les bistrots, sans trop connaître réellement le personnage. De l’autre côté, il a souvent pris les positions les plus molles et les plus conventionnelles qui soient, s’alliant avec les positions les plus centristes du parti. Mais par ses propos sur l’alternative « la moins sectaire » en le PS et le FN, il détonne. Et cette détonation est à mon sens, contrairement à ce que pense Christophe Bentz, extrêmement importante , du moins offre-t-elle l’occasion de clarifier certaines grandes lignes politiques actuelles.

Que veut dire Fillon par « le moins sectaire » ? Lors d’une réunion publique à Nice, le 13 septembre dernier, il réitère : «  Eh bien oui, le combat contre le sectarisme passe aussi par le Parti socialiste qui, notamment, doit s’interroger sur ses relations avec l’extrême gauche avant de donner des leçons aux autres ». Si le concept de secte que cache le terme de « sectaire » fait bien référence à un ensemble d’individus partageant une même doctrine philosophico-politico-religieuse, il est certain que la gauche actuelle en remplit tout à fait les conditions : endogamie, en aidant et en plaçant partout ses amis (« grands » médias, fonction publique), spiritualité et religiosité républicaine imposées (Vincent Peillon) et manipulation psychosociale des masses, au moyen des meilleurs sentiments (égalité, justice, antiracisme, homophobie, etc.).

Enfin, si l’on suit Weber et Troeltsch, une secte récuse tout compromis avec le monde, et ne se mélange pas avec autre chose qu’elle-même : il appartient à l’essence même d’une secte de reste consubstantiel et de construire des barrières psychologiques chez ses adeptes pour les empêcher de franchir les lignes établies par les gourous : les murs sont bâtis dans les esprits faibles. Je passe ainsi sur les relances fréquentes de toute la gauche sur l’ « anti-républicanisme » du Front National, allant même, en plein dossier syrien et en pleine chute économique, à consacrer des universités d’été entières sur le thème de la riposte au FN et à ne rester que sur le thème de la « droitisation » de la droite.

Selon ces critères, le Parti socialiste, EELV et le Front de gauche, tous alliés objectifs et publics, sont extrémistes et sectaires. Oui, ils construisent des « murs de la honte », mais à l’intérieur des consciences ; oui, ils imposent une religion, avec ses dogmes irréfutables de l’égalité, du progrès et de la laïcité ; oui, ils ont un comportement endogamique, et refusent aux autres ce qu’ils se permettent, en eux.

Question sectarisme, l’UMP n’est pas en reste. Évidemment que la lutte Fillon/Copé n’est pas pour rien dans les condamnations de Fillon qu’on a pu entendre çi ou là. Mention spéciale à Jean-Pierre Raffarin, qui a bien assimilé l’ « esprit sectaire ». Mais les militants de base de l’UMP pensent souvent à peu près la même chose, sur la plupart des sujets, que ceux du FN. Le pas à franchir pour voter FN, c’est de traverser une barrière psychique, une réminiscence culturelle entretenue régulièrement par ‘esprit sectaire de la gauche. La « dédiabolisation du Front National » n’est rien d’autre que la tentative d’atténuation psychodramatique du vote FN, et à laquelle cette parole de François Fillon participe indéniablement. C’est peut-être la grande victoire politique depuis le funeste mois de mai 2012. 

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