Affaire Vincent Lambert : une atmosphère mortifère et christianophobe

Édito dans Christianophobie hebdo 

Nous avons tous suivi avec effroi les débats politiques et médiatiques qui entourent la vie de Vincent Lambert ; outre le fait que les forces de mort remportent la bataille, une fois de plus, c’est aussi face aux valeurs chrétiennes que ces mêmes forces se déchaînent. Les perroquets commentateurs de la vie politique profitent ainsi de ce débat pour déverser leur haine sur le christianisme.

On observe d’abord des attaques directes et l’entretien de mythes autour de la famille de Vincent : « La mère de Vincent est une ultra-catho réac des intégristes de la Fraternité Saint-Pie X,  ces gens sont dangereux pour la société », lit-on en commentaire non censuré sur le site d’un « grand » quotidien. Ou encore : « Vincent va mourir de faim et de soif ? C’est la faute de sa catho de mère qui n’a pas voulu en terminer avant ».

Ensuite, on trouve ceux qui considèrent sans sourciller qu’une mère qui se bat pour la vie de son fils défend une thèse idéologique ou fait de la théologie. Comme cette personne qui écrit que « nous sommes dans un débat idéologique et théologique, c’est pourquoi les ultras-cathos contestent la médecine », ou celle-là, qui affirme que « les cathos nous obligent à souffrir ici à cause de leur croyance débile en une vie après la mort ».

Entre une mère qui se bat pour que son fils ne soit pas assassiné, et ces commentateurs abjectes et obscènes, qui instrumentalise le débat ? Qui est campé sur une posture idéologique ? Qui entremêle tout ensemble, et badigeonne son discours de haine envers ceux qui sont différents de lui, handicapés comme Vincent, ou défenseurs de la vie comme les chrétiens ?

La double spéculation de l’art contemporain

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Sur les Observateurs.ch 

« Poser des objets de-ci de-là ne sert à rien. J’ai eu l’idée de bouleverser l’équilibre et d’inviter le chaos. », affirme l’ « artiste » contemporain anglo-indien Anish Kapoor, qui vient d’exposer ses monstruosités au château de Versailles. Et il tient ses promesses. L’œuvre qui fait le plus parler d’elle s’appelle Dirty corner. L’auteur la décrit comme « le vagin de la reine qui prend le pouvoir » (voir ci-dessous).

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Un tunnel d’acier en forme d’oreille, posé sur le Tapis vert de Le Nôtre, face au château, et entouré d’un amas de pierres, de béton et de terre. La sculpture « représente à elle seule 500 tonnes de pierres venues de Belgique et 1 000 tonnes de terre issues de la production agricole ». Chaque pierre pèse 25 tonnes : il a fallu des grues et des plaques de roulement pour les amener à la place voulue par l’artiste.

Mieux encore – mais c’est une question de goût, n’est-ce pas, l’installation (dans la salle du jeu de paume, lieu des racines de la République et de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen), de ce que j’appelle « les menstrues de la Reine ».  « Un symbole phallique évident pour une installation controversée qui interroge sur la violence de notre société contemporaine » confie l’artiste (voir ci-dessous)…

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Et les responsables du château n’en sont pas à leur premier essai. Depuis 2008, les provocations se sont multipliées. En 2009, l’exposition du kitsch Koons et de son « balloon dog » avait déjà fait vivement réagir les amoureux du domaine. Peine perdue. S’en est suivie une démonstration d’un plasticien qui avait entre autres « merveilles » proposé un carrosse de plastique violet arrêté en pleine course. En 2010, les mochetés de Takashi Murakami s’étaient invitées dans la Galerie des glaces et les appartements royaux. (Voir la note de l’Institut Renaissance).

Il faut bien saisir le double mouvement nihiliste de l’art contemporain :

1° Une déconstruction à usage politique

D’un côté, il ‘agit de manifester l’idéologie post-moderne de la déconstruction dans l’art, et, par voie de conséquence, dans la culture et dans l’histoire d’un peuple (exposer au château de Versailles ou au Louvre n’est pas anodin). La perversion de ce genre d’expositions, ici, tient à la nature du site, lequel doit être respecté dans son intégrité, préservé dans ce qui fait son identité et son histoire. Le grand problème de l’art est d’arriver à dire l’histoire de votre village, tout en faisant en sorte que votre village devienne le village de chacun, écrivait Christian Boltanski, La perversion tient au fait qu’il s’agit aussi, pour les commanditaires, d’affoler et de provoquer les positions des contestataires dans leur champ, dans leur origine sociale, c’est-à-dire, au fond, dans leur habitus (Pierre Bourdieu). Quelque chose me dit que le « vagin de la Reine » ou ses menstrues géantes sont particulièrement appréciées par les féministes de tout poil. Ou encore que les jardins de Le Nôtre écrasés par ces blocs de pierre enchantent les admirateurs du grand siècle.

C’est qu’ils n’ont pas encore compris que désormais, comme on le dit du côté des bureaux de la foire de Bâle, l’art contemporain est un mode de vie, celui de l’individu post-moderne, social, multiculturel, sans identité, sans famille, sans sexe, vers lequel tendent tous les « progrès ». qui sont sur le marché politique. « A force de tout voir l’on finit par tout supporter…A force de tout supporter l’on finit par tout tolérer… A force de tout tolérer l’on finit par tout accepter… A force de tout accepter l’on finit par tout approuver ! », écrivait Saint Augustin. À force de leur imposer la vision de ces « oeuvres », ils vont peut-être finir par les approuver. Et par la fermer.

2° Une spéculation financière

De l’autre côté, il s’agit d’une pure spéculation financière, faite de manière grossière sur le dos des contribuables, du patrimoine français, de l’histoire du pays et, accessoirement, des pauvres visiteurs (qui payent leur entrée). Je rappelle que les fonds régional d’art, imposent toujours le 1% artistique(toute construction d’un bâtiment par un ministère, telle une école, doit « financer la réalisation d’une œuvre d’art contemporaine intégrée au projet architectural » à hauteur de 1 % du budget). Cette spéculation mi-publique, mi-privée sur art contemporain est devenu le symbole du capitalisme de connivence, qui permet à l’État d’être au service de certains particuliers tout en graissant la patte des intermédiaires bien placés.

Aussi Christian Combaz a-t-il raison d’écrire (dans Le Figaro) que l’art contemporain « est une profanation de la mémoire et une spéculation financière ». De même que la philosophe et artiste Christine Sourgins, dans un entretien publié sur Contrepoints,  qui écrit très justement que

L’art Duchampien, spéculation intellectuelle, a entraîné une spéculation financière : on a donc eu droit à une rhétorique obscure, alambiquée (élitiste pour le coup !) puis à un art financier avec d’un côté les grands collectionneurs qui ont droit de visite privée dans les foires, ont les bonnes infos sur les « coups » montés aux enchères etc., et de l’autre côté, en totale asymétrie, le tout venant des bobos collectionneurs, qui s’imaginent faire moderne et branché et qui, dans ce casino qu’est l’art financier, seront les dindons de la farce.

Puisque l’utopie soixante-huitarde a disparu, il s’agit pour les artistes, les financiers et les idéologues, tous liés au pouvoir d’une certaine manière, de devenir, enfin et réellement, des post-modernes : détruire l’histoire pour en construire une nouvelle, et si possible se remplir les poches au passage.

Vivien Hoch, 4 juin 2015

Une archéologie de la barbarie contemporaine, par Charles-Éric de Saint-Germain

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De Vivien Hoch sur Les Observateurs.ch

C’est un travail « archéologique » sur les origines philosophiques des mutations de civilisation de ces dernières années que nous propose Charles-Eric de Saint-Germain. Un livre dense, une plume précise et une écriture claire nous permettent de plonger dans les méandres du véritable problème de fond qui nous est posé aujourd’hui : la situation de « désolation » qui, selon Hannah Arendt, désigne cette atonie toute rousseauiste de l’individu face à l’état.

« La défaite de la raison » (en référence à La défaite de la pensée d’Alain Finkielkraut, qui date de 1987) est sous-titré « Essai sur la barbarie politico-morale contemporaine », ce qui en dit déjà beaucoup sur le contenu : nous vivons un glissement civilisationnel vers la barbarie (c’est-à-dire vers la non-civilisation) et ce glissement est complètement irrationel. Dès les premières pages du livre, on se rend compte que ce processus est totalitaire : il détruit les corps intermédiaires pour y laisser l’état prendre sa place. Par exemple, la destruction du mariage comme institution pour le remplacer par une définition du mariage comme « contrat », cache un projet totalitaire : « Le but inavoué de l’état est de profter de cette fragilisation des familles pour mieux imposer aux individus, désormais privés du rempart famillial, une idéologie totalitaire. » (introduction, p. 21)

Pour comprendre le monde d’aujourd’hui, ses avortements, son « droit à mourir », l’éducation sexuelle, l’homofolie et la déchristianisation, Charles-Eric de Saint-Germain fait œuvre de pédagogie philosophique ; pour cela, il convoque des analyses qui doivent êtres connues celles de Michel Foucault (notamment sur la biopolitique de contrôle des individus), de Nieztsche (le nihilisme), de John Rawls (le libéralisme social) ou encore de Kelsen (le positivisme juridique). Retenons également les propositions intéressantes du chapitre 3 (pour une laïcité ouverte), et les désenchantements anthropologiques liés à l’hédonisme et à la frivolité contemporaine (chapitre 2).

Charles-Eric de Saint-Germain est de confession évangélique. On le ressent dans certaines analyses : il n’a pas peur de convoquer directement l’Écriture dans des développements philosophiques, et certaines divergences avec le catholicisme sont abordés d’un point de vue critique (comme autour de la p. 237, où il critique l’ « apport grec » de la loi naturelle dans le dogme catholique), mais ces débats sont toujours d’un grand intérêt pour la discussion et pour la progression de la réflexion.

Ce livre est un véritable manuel de combat contre l’idéologie dominante ; en relisant les grandes mutations de ces dernières années sur le fond des choses, il constitue un Pharmakon contre la barbarie et le totalitarisme qui s’étendent ; il faut connaître les penseurs qui ont amené la barbarie à voir le jour, et parce que nous saurons pourquoi ces mutations arrivent, nous saurons, un jour, comment les contrer.

Charles-Eric de Saint-Germain, La défaite de la raison, Essai sur la barbarie politico-morale contemporaine, Salvator, Paris, 2015

 

Une réforme culturellement génocidaire du collège !

Le projet de réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem, couplé aux propositions de refonte des programmes scolaires ont indéniablement un caractère anti-français, anti-chrétien et anti-humain.

L’école ne s’est jamais dégradé aussi rapidement depuis l’accession au pouvoir de François Hollande. Après la « refondation de l’école », la « charte de la laïcité », la « ligne Azur » et la « réforme des rythmes scolaires » portés par Vincent Peillon, le projet de Najat Belkacem est l’aboutissement travail de sape de l’instruction nationale qui a démarré il y a 60 ans par l’entremise des communistes Langevin-Wallon.

La tentative de supprimer les enseignements du latin et du Grec, jugées « trop élitistes », la disparition des « classes bilangues », elles aussi jugées « trop élitistes », le programme d’histoire complètement chamboulé sous l’impulsion d’un racisme anti-français et anti-chrétien, qui préfère mettre en valeur de manière manichéenne la traite négrière ou la colonisation que les Lumières et la Chrétienté médiévale, tout en rendant l’islam obligatoire, et, pour finir, l’idéologique « interdisciplinarité » qui veut rendre l’école « cool » afin « que les enfants ne s’ennuient pas », en mélangeant toutes les disciplines dans un « gloubi-boulga » général.

L’AGRIF s’inquiète du caractère ouvertement idéologique dans lequel toutes ces mesures s’inscrivent. Un des seuls à défendre cette réforme – y compris dans les rangs socialistes, le Premier ministre Manuel Valls, affirme à ce propos que « La République a fait l’école, et l’école a fait la République. ». Le premier ministre de l’éducation nationale de François Hollande, Vincent Peillon, était beaucoup plus clair : « c’est bien une nouvelle naissance, une transusbtantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle Église, avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi » (La révolution française n’est pas terminée, Seuil, 2008, p. 18). La République (et l’école) se passeraient bien de cette instrumentalisation à caractère théocratique des enseignements à destination des enfants français.

La connivence entre les membres de l’opaque Conseil supérieur des programmes (CSP), les cabinets de hauts fonctionnaires, les ministres de l’éducation nationale, tous plus médiocres les uns que les autres et les groupuscules antichrétiens et antifrançais qui tentent de déverser leur idéologie sur nos enfants n’ets plus supportable. C’est pour ces raisons que l’AGRIF appelle ses militants, ses adhérents et ses sympathisants à manifester massivement contre cette funeste et dangereuse réforme.

Vivien Hoch,
Communiqué AGRIF, mardi 19 mai 2015

La charité en tant que Weltanschauung

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En tant qu’habitus, la charité est une posture herméneutique, orienté par l’intentionnalité d’une vision polarisée par Dieu, ce que nous appellons le « regard de charité ». En ce sens, et parce qu’elle donne un sens, sémantique et téléologique, à l’existence entière, elle est pour l’être-au-monde une véritable et indiscutable Weltanschauung.

Le fait de décrire le regard de charité comme cette vision du monde des étants, cette posture dans le monde, et ce regard vers d’autrui en tant qu’il relève de Dieu requiert la description de l’expression d’ « en tant que ». Stanislas Breton a engagé une profonde réflexion sur l’ « en tant que », qui pourrait enrichir l’approche du concept de vertu théologale telle que définie par saint Thomas d’Aquin. Alors qu’il pense la science de l’ « étant en tant qu’étant », il remarque que l’expression « en tant que » « suspend l’adhésion trop facile que nous donnons sans condition à ce qui va de soi. Elle semble nous dire « Attention, les choses ne vont pas de soi ; elles nous posent la question : que dites-vous quand vous parlez de ceci ou de cela ? »[1]. Il continue, montrant que « Le « en tant que » brise une continuité, et fait saillir par cette brisure l’inévidence de ce qui aillait de soi. Si l’on me permet le rappel d’une dure expérience, je dirais volontiers que le pain, durant ma captivité ne m’est apparu en tant que pain que parce qu’il faisait cruellement défaut. La disparition de l’abondance avait cessé de nous le rendre quotidien pour en faire l’objet problématique et merveilleux d’un véritable étonnement. »[1]

Vivien Hoch, 2015

[1] Stanislas Breton, « De l’usage philosophique de quelques particules », dans Revue philosophique de Louvain, 1 (1982), p. 73

Angoisse de la déconstruction

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«  Ces jours-là, où chavirent sur l’autel de notre nature profonde toutes les croyances romantiques, politiques, intellectuelles, métaphysiques et morales, que des années d’instruction et d’éducation ont tentés d’imprimer en nous, la société, champ territorial traversé de grandes ondes hiérarchiques, s’enfonce dans le néant du Sens. »

  • Muriel Barbery, L’élégance du hérisson, Gallimard, NRF, 2006, p. 101

Un approfondissement abyssal de l’âme

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En tant qu’il se fonde dans un approfondissement abyssal de l’âme, le christianisme représente à ce jour l’élan le plus puissant qui ait mis l’homme à même de lutter contre le déclin, élan jamais encore dépassé, mais qui n’a pas non plus été pensé jusqu’au bout􏰆

(Jan PATOCKA, Essais hérétiques sur la philosophie de l’histoire, trad. E. Abrams, Paris, Verdier, 1999, p. 105-127)

Face au prétendu « droit au blasphème »

Vivien Hoch, porte-parole de l'AGRIF, sur BFM à propos de l'affaire Plantu

Vivien Hoch, porte-parole de l’AGRIF, sur BFM à propos de l’affaire Plantu

Face à l’ignoble « caricature » de Plantu, qui représentait le Pape Benoit XVI en train de sodomiser un enfant (« le Pape prend position » – ricanements), L’AGRIF – a porté plainte et s’est retrouvé à la cours d’appel de Paris, hier.

Plantu prétend honteusement qu’il « défend les catholiques » en « dénonçant les pédophiles ». Ça frise l’outrecuidance. Nous ne l’avons pas vu caricaturer Najat Belkacem, la ministre de l’éducation nationale, pour les affaires récurrentes de pédophilie qui relèvent de son ministère. Non, il s’attaque aux catholiques parce qu’il ne risque rien, parce que c’est un « bouffeur de curé », parce que l’amalgame et la stigmatisation des catholiques, le piétinement de leurs convictions intimes est un sport dans les rédactions françaises.

Nous dénonçons, avec notre avocat Maitre Jérôme Triomphe et notre président Bernard Antony, l’amalgame honteux curé = pédophile, le réflexe pavlovien de rapporter la pédophilie à l’église et la stigmatisation constante des catholiques.

Liberté d’expression ? Elle est de facto limitée, orientée et instrumentalisée. Aujourd’hui, on condamne à tour de bras pour antisémitisme (Dieudonné), pour islamophobie (Valeurs Actuelles), pour « racisme » (Miège). Avez-vous vu des condamnations pour… christianophobie ? Non, et pourtant les chrétiens sont les premières victimes de cette haine. Qu’on ne vienne pas nous réciter le mensonge « liberté d’expression pour tous », qui est, dans les faits, bonne pour certains et mauvaise pour d’autres.

Que veut-on promouvoir, comme civilisation ? Une civilisation du « droit au blasphème », une liberté qui est celle de piétiner, de stigmatiser et de vilipender sans cesse les mêmes personnes, les mêmes groupes de personnes, et pas d’autres, protégés et sacrées ? La liberté consiste-t-elle à répandre ses pulsions nauséabondes, souvent sexuelles et perverses, dans la société ? 

Loi sur le renseignement : Manuel Valls verrouille l’oignon

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De Vivien Hoch, sur Nouvelles de France

Au prétexte de lutter contre l’« ennemi intérieur », Manuel Valls propose son plan d’action. Il tombe à pic pour confirmer et protéger le visage totalitaire que prend cette société. Totalitaire et culinaire, puisqu’il est d’abord question d’oignon. La référente obligée des analyses sur le totalitarisme, Hannah Arendt, décrit comme « structure en oignon » un type de régime totalitaire destiné à organiser et à planifier la vie des masses tout en se protégeant des retours de « boomerang ».

Au centre de l’oignon, protégé de toute atteinte réelle, le chef, la République ou l’État, et ses « valeurs », toujours infaillibles, toujours républicaines, toujours tolérantes et universelles, qu’il faut célébrer avec religiosité.

La première enveloppe est la plus proche du chef : c’est l’élite, les experts autorisés et les membres du Parti. Ce sont les « maîtres bureaucrates » : « La bureaucratie est toujours un gouvernement d’experts, d’une “minorité avertie” qui doit résister tant qu’elle peut à la pression constante de la “majorité non avertie.” », écrit-elle. Ne cherchez pas trop loin : ce sont cette poignée de personnes exposées aux yeux de tous et autorisés à commenter la vie politique, ou à la diriger.

La deuxième enveloppe protectrice se risque à l’interaction avec le monde normal : c’est celle des sympathisants, des planqués, des associations militantes, des soumis divers. Ils croient aux paroles du chef, de la république ou de l’État, et surtout croient encore qu’il y est question de conviction, de vérité et de réalité.

La troisième enveloppe est constituée de la masse des individus atomisés et isolés, ces citoyens en rangs d’oignon, manifestant par milliers, dans la manducation perpétuelle d’un « je suis Charlie » et des « valeurs républicaines ». Les deux guerres mondiales – et, aujourd’hui, le danger islamiste et la concurrence communautaire – ont accouché d’une « terrifiante solidarité négative » qui a transformé les classes sociales en « une masse informe d’individus furieux » aisément manipulables, écrit Hannah Arendt. Manipulons donc.

Cependant, par une sorte de disfonctionnement anthropologique, les êtres humains menacent toujours de laisser percer quelque initiative en dehors des « clous » et des autorisations médiatiques et préfectorales. Du coup, on mise sur l’éducation (éducation à la morale laïque, éducation aux valeurs républicaines, éducation à la citoyenneté, éducation à la débauche, éducation à la tolérance, etc.), afin d’annihiler dès le plus jeune âge ces racines de non-soumission, selon une méthode que nous avons déjà dénoncé chez Vincent Peillon : « Le but de l’éducation totalitaire, écrit Hannah Arendt, n’a jamais été d’inculquer des convictions mais de détruire la faculté d’en former aucune. »

Ceux qui échappent, qui échapperaient ou qui ont échappés à cette lobotomisation pédagogique font face à la machine et à ses pelures. La multiplication des services (auxiliaires d’éducation, assistants sociaux, référents laïcité, défenseurs des droits, commissions diverses, associatifs antiracistes, experts, enquêteurs, etc.) sont autant de bras armés de la machine administrative de l’Etat, et participe de ce système de protections en oignon qui permet au mouvement de durer dans son mensonge. Les institutions étatiques, les médias et les experts ne sont plus qu’une pure façade, cette petite ficelle qui maintient les oignons, serrés les uns contre les autres, entre eux.

Cerise sur l’oignon : la panoptique loi sur le renseignement de Manuel Valls. Après le matraquage « je suis Charlie », le matraquage « pas d’amalgames », les grandes célébrations républicaines et la méticuleuse neutralisation personnelle des opposants aux « grands changements de civilisation », voici donc la loi sur le renseignement, qui vient boucler la boucle, et serrer l’oignon ; laquelle prévoie que les services spéciaux se verront bientôt dotés de moyens de surveillance accrus (interceptions de courriels, de sms, écoutes téléphoniques, interception et enregistrement de communications ou d’images prononcées ou réalisées dans un lieu privé…), qu’ils pourront utiliser sur autorisation du Premier ministre pour des motifs d’intérêt public : « sécurité nationale, intérêts essentiels de la politique étrangère, intérêts économiques ou scientifiques essentiels, prévention du terrorisme, prévention de la reconstitution ou du maintien de groupements dissous, prévention de la criminalité organisée et des violences collectives pouvant porter gravement atteinte à la paix publique, menaces et risques susceptibles d’affecter la vie de la nation… »

Le grand panoptique – ce rêve pervers de l’utilitariste Jeremy Bentham – s’impose enfin, et c’est la France, toujours en pointe du « progrès », qui en profite. Le système panoptique consistait à construire des prisons selon des plans circulaires, permettant au surveillant situé dans une tour centrale d’observer sans jamais être vu. La prison moderne, notait Michel Foucault, est d’abord une entreprise de culpabilisation travaillant les consciences individuelles à travers un regard omnipotent et omniscient. Culpabilisé, surveillé, le prisonnier s’amendait et se soumettait. Il s’agissait alors de redresser l’âme des détenus, comme il s’agit aujourd’hui de redresser l’âme des citoyens.

Fort de cette structure protectrice en oignon et de ce système panoptique de surveillance généralisée, ce n’est plus le souverain qui est isolé, mais bien l’individu. Il peut donc plus aisément se soumettre. Toutes les sociétés totalitaires sont fondées sur ce mouvement perpétuel, paranoïaque et culpabilisateur, de surveillance, de délation et de retournement.

Cette tour centrale oppressante, c’est aujourd’hui le chef, la république ou l’État, entouré de ses couches protectrices, autour de laquelle nous sommes tous isolés dans nos cellules individuelles, éclatées, post-modernes, attachés dans des cavernes platoniciennes à observer des ombres s’agiter sur un écran, loin de toute lumière, de tout beau et de tout bien. Condamnés à verser des larmes sur cette république oignonière.

Vivien Hoch,
avril 2015

L’intentionnalité de la vie morale chez Thomas d’Aquin et la phénoménologie

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L’amour selon saint Thomas renonce en effet à posséder le bien aimé, de même que la connaissance phénoménologique refuse tout intermédiaire qui pourrait « représenter » subjectivement l’objet connu.

L’amour selon saint Thomas communie à la présence de l’aimé dans un « face-à-face » silencieux, de même que la connaissance phénoménologique dépasse le langage abstrait pour goûter immédiatement l’ipséité de l’objet.

L’amour selon saint Thomas renonce à forcer en une quelconque manière le bien à l’aimer, lui demandant au contraire une pure spontanéité amoureuse en retour de son amour même, de même que la connaissance phénoménologique renonce à questionner l’objet, se tait en suspendant son langage interrogateur dans l’époché, pour laisser parler l’objet lui-même en toute liberté.

Enfin, l’amour selon saint Thomas comme la connaissance phénoménologique se définissent comme une opération, pur jaillissement de l’âme, qui ne peut se terminer qu’à la chose même, et non à une « chose » que la conscience produirait elle-même pour s’assimiler à l’objet connaissable.

André de Muralt, La métaphysique du phénomène, les origines médiévales et l’élaboration de la pensée phénoménologique, « VRIN reprise », Paris, 1985, p. 100 (111).