Le Pape, toujours un monde d’avance

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Chronique de Vivien Hoch au libre journal de Daniel Hamiche, sur radio courtoisie, le 7 mars 2013

Voilà ce que je lis dans un journal de terroristes intellectuels et vendeurs de pots de yaourt – Le monde. Cette apologie anticléricale complètement absconte et débile, illustre par excellente le sentiment de Toute puissance de la parole bobo.

  Nous voudrions d’un pape qui soit à notre image. Nous voudrions d’un pape à la portée de tous. Un pape si possible moins ancré dans le passé. Un pape assez ouvert pour discuter avec nous, par messagerie instantanée. Un pape pour régler tous nos problèmes de couple. Un pape trendy, qui laisserait un peu la théologie de côté. Un pape qui transforme les églises en espaces de prière et les confessionnaux en espaces détente.

Un pape à la croix pectorale de rappeur américain. Un pape qui rabat sa soutane au-dessus du genou quand il va à la plage. Un pape qui se la coule douce. Un pape de tolérance, un pape de résistance. Un pape que tu peux appeler quand tu te fais emmerder ou si t’as pas le moral. Un pape jeune et fort. Un pape grand et beau.

De fait, il n’y a pas que le trône de Saint-Pierre qui soit vacant. Il y a également une vacance bien plus grave, celle des esprits, de la morale et de la dignité, et vu comment c’est parti, celle-ci risque de durer au moins jusqu’à la Seconde Parousie du Christ..

Un monde médiatique profondément inculte des questions religieuses, mais pas seulement, qui aimerait nous dicter ce que le prochain Pape doit faire et ne pas faire. Qui il doit être et qui il ne doit pas être. De quelle couleur il doit être et de quelle couleur il ne doit pas être. Comment il devrait porter sa mitre – et surtout pas sa tiare !

 De nombreuses émissions sont programmées casser l’Eglise, et tout est mobilisé à cette fin : la pédophilie, le Vatileaks, l’état de la Curie, les lobby gay, etc. Les déclarations de tous les groupes de pression, même les moins crédibles, sont accueillis et relayés avec complaisance pour inviter l’Eglise à s’aligner sur l’esprit du temps en acceptant « la modernité », comprenez le mariage des prêtres, l’ordination des femmes, et – bien sûr – les avancées de la société sur le mariage et le couple (y compris de même sexe), l’avortement et l’euthanasie.

On entend çà et là, y compris chez les « catholiques », des prophéties de comptoir et de leçons post-modernes sur « le pape qui fera enfin sortir l’Église du Moyen-âge », feignant s’intéresser à l’ecclésiologie et au Salut des âmes.

Au moins, l’immonde est clair, en affirmant que l’Eglise n’est plus qu’un hochet pour les bobos tout-puissants.

Je continue :

« Je veux pouvoir casser du pape. Comment existerais-je si je ne puis contester le monde ancien, m’affirmer sans avoir à détruire des siècles et des siècles d’histoire ? »

 Ici se dévoile toute la perversité de la dialectique à l’oeuvre dans l’ultra-gauchisme qui nous dirige : le progrès, pour eux, ne consiste qu’à annuler le moment précédent, à savoir la morale traditionnelle, chrétienne.

Déconstruire pour construire, détruire pour progresser. Vous ne comprenez pas ? Il n’y a rien à comprendre. La contradiction est le principe de la dialectique du progrès socialiste. N’en déplaise à Aristote.

Alors, à cette dame qui veut « un pape jeune et fort. Un pape grand et beau. »

Sachez, madame, ou mademoiselle, ou je ne sais quoi d’autre, vous qui réclamez un Pape grand et beau, sachez que le Pape est nécessairement grand et beau. D’une nécessité ontologique et théologique qui vous échappe peut-être, mais qui reste plus réelle que votre petite réalité individualiste de bobo. Peut-être ni de la grandeur, ni de la beauté de vos immondices contemporains, mais d’une beauté et d’une grandeur transcendantale.

Je suis frappé par le contraste entre les images en provenance du Vatican, avec ses gardes Suisses, sa magnifique Basilique, ses cardinaux, sa liturgie parfaite, etc. et de l’autre côté la fange idéologique et bassement ironique dans laquelle se vautrent nos médias et politiques.

Reste que, comme le dit saint Thomas d’Aquin, le beau se rapporte à la faculté cognitive, régie par le principe de non-contradiction. Mince alors. Il faut donc avoir une faculté cognitive.  La transcendance, ce mot vous est peut-être inconnu, mais il existe bel et bien, et il existera encore tant qu’il y aura des chrétiens en ce bas monde. Les chrétiens sont les fonctionnaires de la transcendance !

Les chrétiens ne sont certainement pas de ce monde, leur Pape non plus. Non pas qu’ils soient en retard, mais plutôt qu’ils sont en avance. En avance d’un monde. Tout l’esprit du malin se démène contre l’Eglise, et uniquement contre l’Eglise, parce qu’il sait que le monde qui vient est en approche.

Alors, ayons confiance. Comme le disait Léon XIII, dans l’Encyclique Satis Cognitus : « »les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle ». Voici la portée de cette divine parole : l’Eglise, appuyée sur Pierre, quelle que soit la violence, quelle que soit l’habileté que déploient ses ennemis visibles et invisibles, ne pourra jamais succomber ni défaillir en quoi que ce soit. »

Cathophobie française : nous crèverons tous du tout-puissant « humour »

Tribune libre de Vivien Hoch, publiée sur l’Observatoire de la christianophobie papier : pour s’abonner

Alors que le plan Marshall de lutte contre l’homophobie est mis en place dans toutes les strates de la nation française (récemment, la Ministre Najat Belkacem affirmait vouloir également contrôler Twitter, « surtout pour lutter contre l’homophobie »), le « plan dérision du catholicisme », qui est en quelque sorte le pendant idéologique du plan de lutte politique contre l’homophobie, marche également à plein. 

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La renonciation de Benoit XVI fut l’occasion de prêches nauséabondes et insultantes, minables et médiocres, vectorisées par des tweets (ainsi Mme Delaumnay – qui est Ministre de la République – affirmant que « Benoit XVI a oublié de la consulter avant de prendre sa décision »), des « Off» journalistiques (M. François Hollande – Président de la République – ayant déclaré que « nous ne présentons pas de candidat » au Conclave) ou des chroniques radiophoniques (Thomas Legrand sur France Inter, justifiant le 18 février l’attentat des femen à la cathédrale Notre-Dame de Paris par la « misogynie de Benoit XVI » et le fait qu’elles étaient « moins à poil que Jésus» (sic.) ; ou encore sur RTL le 12 février, où l’on pouvait apprécier la finesse de Charlotte des Georges qui «vomissait » sur Benoit XVI).

Bref, de loin et avec un amusement certain, le petit monde médiatico-politique joue sa petite scène dérisoire sans les auto-limitations de l’outrecuidance et de la connerie. Paupérisation du débat démocratique, dérision de toute forme de transcendance et insignifiance de la parole engagée deviennent les souverains poncifs d’un monde banal, désorienté, coupé de toute continuité, devenu, finalement, profondément ennuyeux.

Reste que c’est encore une religion, sinon une certaine forme de religiosité, qui est encore à l’œuvre dans ce médiocre spectacle. Les petits rituels narcissiques, ludiques ou névrotiques de l’homo festivus sont désormais les grande-messes du monde post-moderne, avec leurs prêtres, leurs thuriféraires, leurs porte-croix. Et les sermons servis au cours de ces messes profanes sont d’une violence inouïe pour toute personne attachée à la continuité, la verticalité, la transcendance et le sérieux de la vie en société.

Cette guerre des religions est en passe d’être remportée par la dictature de la médiocrité et de l’humour tout-puissant, déversé toute la journée dans les oreilles des bienheureux auditeurs de nos « grands » médias français. Une autre France, celle du talent littéraire, celle de la parole sage, désormais enfouie dans l’insignifiance  de l’an-historicité de la parole « drôle » et « comique », nous avait prévenu :

« Nous crevons par la blague, par l’ignorance, par l’outrecuidance, par le mépris de la grandeur, par l’amour de la banalité et le bavardage imbécile. » (Gustave Flaubert).

L’infaillibilité pontificale au milieu d’un monde faillible

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De Vivien Hoch, sur itinerarium.fr

Avec le renoncement de Benoit XVI et la tenue d’un nouveau conclave, nous entendons et nous lisons beaucoup de propos erronés – sinon insultants – touchant le Pape et l’Eglise. La notion d’infaillibilité est particulièrement incomprise par un monde médiatique relativiste et qui ne fait pas l’effort de comprendre de quoi il en ressort avec cette notion. Petit rattrapage. 

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Ce dogme a été défini solennellement en 1870 lors du premier concile œcuménique du Vatican. Mais Vatican II a réaffirmé cette notion avec force.

Extrait de la constitution Lumen Gentium, n° 25 :

« Cette infaillibilité, dont le divin Rédempteur a voulu pourvoir son Eglise pour définir la doctrine concernant la foi et les moeurs, s’étend aussi loin que le dépôt lui-même de la Révélation divine à conserver saintement et à exposer fidèlement. De cette infaillibilité le Pontife romain, chef du Collège des évêques, jouit du fait même de sa charge quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles et chargé de confirmer ses frères dans la foi (Cf Luc 23,32) il proclame un point de doctrine touchant la foi et les moeurs« .

L’infaillibilité pontificale ne relève donc que des questions tocuhant « la foi et les moeurs », et ceseulement lorsqu’il s’exprime ex cathedra (c’est-à-dire en tant que Docteur suprême de l’Église et en engageant sa pleine autorité apostolique), et ce, en matière de foi et de morale. Ainsi le pape est infaillible lorsqu’il affirme le dogme de la Foi catholique, comme par exemple l’existence de Dieu Père/Fils/Esprit-Saint, où bien le fait que Jésus de Nazareth était bien le Christ, Fils de Dieu. En gros, le pape est infaillible lorsqu’il défend le contenu du Credo.

De même le pape est infaillible lorsqu’il affirme des principes touchant aux moeurs, notamment parce qu’il enracine son enseignement à la fois dans l’Ancien et le Nouveau Testament. C’est de là que viennent les prescriptions de l’Eglise, et en redisant ce que disent les écritures Saintes, le Pape ne peut qu’être infaillible. Ou alors il faut considérer que la Bible n’est pas un livre infaillible. Dans ce cas, c’est l’intégralité du monde judéo-chrétien qui s’effondre. Il faut choisir !

Toujours dans le n°25 de Lumen Gentium, à propos des évêques, on peut lire :

« … lorsque, même dispersés à travers le monde, mais gardant entre eux et avec le successeur de Pierre le lien de la communion, ils s’accordent pour enseigner authentiquement qu’une doctrine concernant la foi et les moeurs s’impose de manière absolue ; c’est la doctrine du Christ qu’infailliblement ils expriment alors. La chose est encore plus manifeste quand, dans le Concile oecuménique qui les rassemble, ils font acte de docteurs et de juges, aux définitions desquels il faut adhérer dans l’obéissance de la foi« .

Autrement dit : les évêques sont infaillibles DANS LEUR ENSEMBLE, et non individuellement, lorsqu’ils enseignent ENSEMBLE la même foi. Rappelons enfin que cela ne s’est produit qu’une seule fois depuis 1870, pour le dogme de l’Assomption de la Vierge Marie, proclamé par le pape Pie XII en1950, après consultation des évêques du monde entier.

 Intéressant de constater à quel point une telle puissance d’affirmation rentre en contradiction directe avec les grandes catégories de la destructuration à l’oeuvre aujourd’hui.

Démission de Benoit XVI : Un pape peut-il descendre de la Croix ?

Benoit XVI fut un Pape de la réconciliation intérieure, un grand Pape – même si tous les papes sont « grands ». Reste qu’avec sa démission, on perd une certaine « mythique pontificale », une mystique de la souffrance, une indissolubilité de la responsabilité devant Dieu et devant les hommes.

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En perte de sens et de consistance, le monde contemporain avait besoin d’un intellectuel aussi profond que Benoit XVI, de sa patience et de son expertise théologale ; ce monde avait besoin de gestes incompréhensibles, d’axes forts, de sûreté, de confiance, de lumière, de ce quelque chose de stable et d’irréductible, qui résiste, au-delà de la vie et de la mort, de la faiblesse et de la vieillesse, de la force humaine et de la finitude temporelle.

Peut-on, en christianisme, parler de renonciation à autre chose qu’au péché et au mal ?

N’en déplaise au droit canon, qui accorde ce droit en cas de cas grave et qui parle de « renonciation » (dans le code de 1983) seul Dieu choisit la fin du pontificat, qui n’est pas un pouvoir humain. Peut-on, en christianisme, parler de renonciation à autre chose qu’au péché ? Comme l’a dit Stanislaw Dziwisz, le secrétaire personnel de Jean-Paul II : « Wojtyla est resté, il avait compris que l’on ne descend pas de la croix« .

« Où que tu ailles, quoi que tu fasses, partout et toujours, tu trouvera la Croix », dit l’Imitation de Jésus-Christ. Il ne faudrait pas que les papes futurs prennent cette habitude de quitter le navire quand les souffrances et les impossibilités pointent leur nez… C’est tout un sens de la finitude et de la limite à assumer qui était en jeu. Elle n’a, semble-t-il, pas été prise en compte. D’où la déception.

Ce n’était pas le moment de nous abandonner, Très Saint-Père… On ne vous aurait jamais abandonné, quoiqu’il nous en coûtât.

Le Carême et la pénitence. La vengeance du corps sur l’esprit.

Sur Itinerarium

Le 13 février, c’est l’entrée en Carême pour les chrétiens. Pas de battage médiatique, ni de paneaux lumineux dans les villes nous souhaitant un bon carême, ni même de fêtes dans les mairies offertes aux frais du contribuables, comme ce fut le cas pour le Ramadan des musulmans. Bref, le Carême passe (presque) inaperçu dans ce monde. Voilà une bonne raison de redoubler d’ardeur. Mais faut-il s’infliger réellement des pénitences, telles que le jeûne ou la sobriété ? Le Carême n’est-il pas seulement un « cheminement spirituel », qui laisse derrière ces pénitences moyenâgeuses ? Non. Nous ne sommes pas que des êtres spirituels. Nous cheminons ici-bas dans notre corps. Il doit donc s’allier à l’esprit. Prospectives pour un Carême corporel et phénoménologique.  

   Nous connaissons la distinction classique entre la chair (le corps vécu et vivant, « spiritualisé ») et le corps (matériel, dur, malade, lourd). En faisant porter le poids de la vie sur le corps (par le jeûne, les restrictions ou les pénitences), la période du Carême que nous vivons en ce moment permet une ré-évaluation en profondeur de la prédominance actuelle de la chair sur le corps ; le Carême consacre la vengeance du corps sur la chair.

   En effet, aujourd’hui la chair a vaincu : délectation et empathie sont les maitres mots de ce monde – tout s’accélère et se spiritualise. Le corps, les réquisits vitaux qu’il nous impose et les différences qu’il nous fait voir – puisque le corps est extériorité[1], est oublié dans cette accélération. Nous spiritualisons les rapports sociaux dans l’empathie de la chair et nous spiritualisons le rapport à notre propre concupiscence dans la délectation charnelle.

Délectation – Certes tous ont une chair pour jouir de la consommation des biens et de la délectation des choses de ce monde, pour sentir l’air chaud de la plage en vacance ou le nappage d’un bon vin en terrasse. Mais le corps, une fois de plus, est oublié dans cette course à la délectation. Le corps, en tant qu’il réifie les vécus de la chair dans l’extériorité du monde (le corps empirique est une chose parmi les choses), évite l’écueil « sentimentaliste », et nous redécouvre non pas comme un « je peux » indistinct et perdu devant ce que, justement, il peut, mais comme un étant constitué de viande objectivée dans le monde avec les limites et les dangers que cela comporte (par exemple le fait que le corps est toujours exposé à n’importe quelle Gestell technico-scientifique).

Empathie – De même : oui tous ont une chair, mais nul n’a le même corps. Vouloir trop « vivre » l’autre sous le mode de l’empathie, c’est détruire à la fois l’autre et se détruire soi-même dans l’autre. Spiritualiser les différences dans le cum-sentire ou le sum-pathos de la chairc’est oublier son propre corps. Avec l’oubli du corps, il y a l’oubli de ce que nous sommes et de ce que nous ne sommes pas, il y a l’oubli de l’usage des yeux pour voir que l’autre a un corps autre, jusqu’à l’oubli du fait que l’autre a toujours un visage singulier et différent[2].

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Le corps en tant que corps, tel qu’il est rappelé par les pénitences du temps de Carême, est exacerbation de nos limites d’êtres incarnés. Plus que tout, par sa mise en lumière du corporel, le jeûne de Carême permet de lutter contre la spiritualisation empathique de la chair. Voilà d’ailleurs pourquoi les pénitences de Carême doivent obligatoirement êtres corporelles[3].

Le jeûne de Carême remet en lumière la finitude, les singularités et les aspérités de notre condition terrestre ; il nous redécouvre comme incarnés. Incarnés dans notre finitude et dans notre faiblesse, mais aussi dans ce que nous sommes et ce que nous ne sommes pas (sens de la limite). Par le jeûne, et grâce au regard qu’il nous fait tourner vers le corps, nous redécouvrons le sens de ladifférence (de visage, de posture, de culture), le sens de la frontière (c’est-à-dire le fait que le fini est inhérent à tout ce qui est) et le sens de l’identité (ce qui fait d’une vague souffrance empathique, celle de l’autre en général, ma souffrance, celle de mon corps qui a faim). Le jeûne nous délivre le corps en nous délivrant de la chair (et non l’inverse), nous livrant tout ce qui s’en suit, finitude, frontière, consistance du corps, différence, concrétude, et cætera.

C’est pourquoi le Carême, en plus de son importance religieuse, a une importance phénoménologique : par lui nous redécouvrons que ce n’est pas l’autre qui fait la finitude, mais que c’est la finitude qui fait qu’il y a autre (redécouverte de la consistance et de l’autonomie du fini), et que ce n’est pas la vie qui requiert mon corps, mais que c’est le corps qui requiert la vie (redécouverte de la vie comme entéléchie première d’un corps organisé[4]).

L’inversion de l’ordre des rapports constitue la nouvelle tâche du phénoménologue et du chrétien : redécouvrir la finitude du corps et sa consistance véritable pour le premier et s’appliquer à faire contrepoids à la spiritualisation fautive de l’existence pour le second. Quant à celui qui est – par incroyable – phénoménologue et chrétien, on ne saurait trop recommander de ne plus pratiquer son corps mais, dorénavant, de pratiquer comme corps.


[1] Michel Henry, C’est moi la Vérité, p. 9

[2] C’est la question qui se pose et qui s’est posé à propos des fameuses descriptions Levinas : quel est le visage dont il parle ? Il ne parle jamais en effet de tel visage singulier, mais du visage en général. Ne décrit-il pas un visage commun, universel, sans singularités, un visage sans face, et, in fine, un visage sans corps ?

[3] L’Eglise catholique demande aux fidèles de jeûner au minimum les jours du mercredi des Cendres et du Vendredi saint (le jeûne consiste à limiter la prise de nourriture à un seul repas maigre au cours de la journée et une collation). Droit canon 1251 ; 1252 ; 97, § 1 et 203, § 2.

[4] Aristote, De Anima, II, 1, 412 b 27

Retour sur l’entretien donné à la radio sur la religion de Vincent Peillon

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Sur Kernews

Les auditeurs de Kernews ont été nombreux à réagir en écoutant l’entretien avec Vivien Hoch diffusé le 8 janvier dernier. En effet, le CERU (Centre d’études et de recherches universitaire) a fait paraître des travaux passionnants sur Vincent Peillon. À partir de deux ouvrages publiés récemment par ce dernier («Une religion pour la République : la foi laïque de Ferdinand Buisson», Le Seuil, 2010 et «La Révolution française n’est pas terminée», Le Seuil, 2008), l’auteur de cette étude, Vivien Hoch, chercheur en philosophie, analyse les fondements sur lesquels se base le ministre de l’Education nationale pour construire et concrétiser sa vision de la laïcité et de l’école républicaine. Il ressort de cette analyse que pour Vincent Peillon, l’école doit être capable de concurrencer les religions et les traditions. Selon le ministre, qui s’inscrit dans la lignée de Ferdinand Buisson, la laïcité est «un principe de tolérance certes, mais plus encore de philosophie positive, c’est aussi une religion». Paradoxalement, la laïcité devient même «la religion de toutes les religions, de toutes les confessions, la religion universelle». Le projet consiste alors «à forger une religion qui soit non seulement plus religieuse que le catholicisme dominant, mais qui ait davantage de force et de séduction, de persuasion que lui». Pour parvenir à imposer cette nouvelle approche, l’école doit jouer un rôle stratégique et politique. Cette étude révèle également que selon Vincent Peillon, République et socialisme sont fondamentalement synonymes. Pour lui, l’histoire débute avec la Révolution française et converge, selon le fameux sens de l’histoire, vers sa propre construction idéologique de la réalité : tant que celle-ci résiste à l’idée socialiste, la révolution reste «inachevée». Lien vers le site du CERU

 

Kernews vous propose la lecture audio sur deux lecteurs (HTML 5 et Flash) afin d’assurer une compatibilité sur tous les navigateurs, smartphones et tablettes.

Extraits de l’entretien

Kernews : Votre étude démontre que le concept de laïcité est poussé à un tel niveau par Vincent Peillon, qu’il l’érige en véritable religion, avec ses excès, ses dogmes et ses interdits…

 

Vivien Hoch : Quand on a lu toute l’œuvre de Vincent Peillon, on n’est pas du tout étonné par ses propos, car c’est un vrai idéologue. C’est quelqu’un qui a une logique de pensée très profonde et l’on comprend tout à fait pourquoi il s’oppose autant aux catholiques et à l’enseignement privé. Nous nous sommes basés sur ses écrits et il a des citations assez inquiétantes pour quelqu’un qui peut être catholique, ou d’une autre religion, car il développe l’idée de la République comme une religion qui s’oppose aux religions traditionnelles. Par exemple, la République est égale au socialisme et la République doit être plus prégnante et plus intéressante que les religions traditionnelles. La République doit même remplacer les religions traditionnelles. On comprend donc pourquoi les enfants doivent être scolarisés le plus tôt possible ! Il se situe dans la lignée d’un État quasiment totalitaire qui voudrait prendre en main l’intégralité de l’éducation des jeunes Français.

La République est un mode d’organisation au sein duquel les religions trouvent chacune leur espace, tout en restant dans la sphère privée. Or, votre étude démontre que la République doit s’immiscer dans la sphère privée et même prendre la place des religions…

C’est exact et elle va y entrer par l’éducation. La religion laïque est à ses yeux une religion de substitution. C’est quelqu’un qui est rempli de convictions. Il a un vrai projet pour la société, un projet qui porte en lui des germes de totalitarisme. Par exemple, il affirme que République et socialisme sont inséparables, c’est très dangereux pour les opinions divergentes. Son image lisse cache un véritable monstre idéologue.

Ne revient-il pas finalement aux fondamentaux de la construction de notre échiquier politique, c’est-à-dire celui issu du clivage de la Révolution française ?

La Révolution française n’est toujours pas achevée pour Vincent Peillon. Son idéal progressiste est justement d’achever cette révolution. Cette dichotomie vient plutôt du XIXème siècle, il s’oppose encore au libéralisme tel qu’il était au XIXème siècle.

Peut-on parler de haine à l’égard des religions et des traditions ?

Je ne pense pas que l’on puisse parler de haine, ni même de cathophobie parce que, dans son idée, la République socialiste se situe dans la poursuite des valeurs chrétiennes. Le christianisme doit devenir une République socialiste. Le christianisme n’est qu’un moment de l’histoire qui doit parvenir nécessairement à la République socialiste. Donc, les religions ne vont pas tarder à disparaître. C’est peut-être finalement pire que de la haine… La haine reconnaît son adversaire, même méchamment, alors qu’il est dans une conviction que l’histoire va aller nécessairement vers ses propres idées : les catholiques ne sont plus qu’un moment de l’histoire et ils sont donc destinés à disparaître.

Vous faites référence à une lettre adressée aux recteurs, dans laquelle il leur demande de «s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités…»

C’est très inquiétant ! Le but de Vincent Peillon, qui ne s’en cache pas dans ses livres, c’est que l’enseignement catholique soit totalement contrôlé par l’État. La République socialiste est aussi une religion, il faut bien comprendre cela : elle a donc aussi ses tables de la loi, ses prophètes, ses prêtres et ses dogmes qui doivent être enseignés dans tout le système éducatif, y compris dans le privé. Lorsque Najat Belkacem est allée enseigner le mariage homosexuel dans les écoles, cela n’a posé aucun problème à Vincent Peillon, puisque les écoles sont les lieux où l’on doit créer les futurs électeurs socialistes… Donc, on les formate à la pensée unique, républicaine et socialiste. Cette lettre aux recteurs de Vincent Peillon est très inquiétante, car elle porte un germe de totalitarisme.

Dans ce travail de sémantique, il y a aussi la diabolisation, puisque Vincent Peillon accuse tous ceux qui ne seraient pas sur sa ligne d’être proches des forces contre-révolutionnaires, réactionnaires et rétrogrades. Ce sont des termes très durs…

Celui qui s’oppose à l’histoire inéluctable, celle qui avance vers la République socialiste, est impur, il est rétrograde… Ce sont les mots mêmes de Vincent Peillon. Lorsque l’histoire avance à grands pas, Vincent Peillon est aux commandes et tous ceux qui s’opposent à cette avancée sont impurs. Nous sommes quasiment dans une chasse aux sorcières ! Tout cela est de l’ordre de l’Inquisition, avec une nouvelle religion qui a ses dogmes et sa propre histoire…

De retour du colloque international de philosophie à Cotonou (Bénin)

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Le REPHI, (Réseau Philosophique de l’Interculturel) a organisé un colloque à l’occasion du premier anniversaire de l’Exhortation Apostolique Africæ Munus, sur « l’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix », signée par le Pape Benoît XVI à Ouidah (Bénin) le 19 novembre 2011, avec l’Institut Catholique de Paris, le Conseil Pontifical de la Culture, la Délégation du Bénin à l’UNESCO, l’Université Nationale d’Abomey-Calavi, l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest et l’Université Catholique de Yaoundé co-organisent à Cotonou (Bénin), du 21 au 25 janvier 2013, un colloque international de philosophie sur le thème « Justice, cultures et charité ».

Ce colloque avait pour objectif d’engager une réflexion philosophique sur le concept de justice, à partir des nouvelles formes de justice qui se sont déployées depuis la Seconde Guerre mondiale suite aux tragédies qui ont eu lieu, notamment en Afrique. L’enjeu était donc de repenser le concept de justice à l’épreuve des situations où la justice pénale classique n’est pas caduque mais atteint ses limites. Nous pensons en particulier aux situations qui requièrent une justice transitionnelle, mise en œuvre dans des contextes interculturels et interreligieux.

Je suis intervenu sur le thème : « la logique interne de l’amour dépasse-t-elle la justice ? » (Publication prévue en septembre 2013).

Quelques photos de ce beau moment :

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Lire saint Thomas d’Aquin aujourd’hui : une mission existentiale

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Sur www.itinerarium.fr

Par Vivien Hoch, rédigé pour la saint Thomas d’Aquin, le 28 Janvier 2013

Saint-Thomas-dAquin

 

Thomas d’Aquin se propose « de suivre par la voie de la raison ce que la raison humaine peut découvrir [de Dieu] »[1] : un effort inductif qui consiste à partir de ce qu’il-y a déjà-là (soi-même et le monde) pour remonter à ce qui n’est pas encore à notre portée (Béatitude céleste, Dieu,…). Le but d’une lecture contemporaine de Thomas d’Aquin est de renouer avec son effort intellectuel afin pour retourner au lieu originaire de son inspiration, au lieu même où saint Thomas questionne directement la consistance du monde en la rapportant à Dieu. Là où saint Thomas «questionne » la réalité, il la « lit » aussi dans un sens herméneutique par l’interprétation de son propre vécu d’homme – et d’homme chrétien, sans que le « et » soit exclusif.

Relire ce vécu thomasien à travers ses textes, comme l’apposition d’une nouvelle couche de signification de lui à nous et de nous à lui, c’est déjà faire une alliance entre les temps entre ce qui est commun au Thomas médiéval et au Thomas qui questionne la contemporanéité. Il ne suffit donc pas de simplement déployer un donné dans sa pure objectivité pour exposer sa vérité, tels que le font les théologiens ou les philosophes de la religion[2] ? L’unique réquisit d’une « pratique phénoménologique »[3] de la philosophie médiévale est celle du retour à l’expérience ; Max Scheler en a donné une indication : « La méthode descriptive consiste à ramener n’importe quel système métaphysique et religieux à leurs contenus d’expérience originels, c’est-à-dire à ré intuitionner pour ainsi dire son sens originel en le reconstruisant et, par le fait même, à le rendre à nouveau vivant dans toute sa force intuitive »[4].

Ces « contenus d’expérience originels » signifient ce « lieu originaire » qui inspire les constructions intellectuelles. Saint Thomas d’Aquin n’en affirme pas moins lorsqu’il dit que « la vie contemplative meut et dirige la vie active »[5]. Sa vie contemplative, comme expérience originelle de la charité, qui est la perfection de la vie chrétienne[6], instruit et nourrit donc sa vie active, qui consiste dans l’enseignement et la prédication[7]. Il ne faut pas voir ici une volonté de confondre mystique et spéculations théologico-philosophiques dans notre champ d’étude, mais de re-visiter ce mouvement qui passe de l’un à l’autre  qui a été immortalisé par le Docteur Angélique :

 

« Sicut enim majus est illuminare quam lucere solum. Mauis est contemplata aliis tradere quam solum contemplari – Il est plus beau d’éclairer que de briller seulement ; de même il est plus beau de transmettre aux autres ce que l’on a contemplé que de contempler seulement »[8].

 

Transmettre ce que lon a vécu, voilà une mission phénoménologique et existentiale. La vérité – théorique et pratique, n’est plus seulement adaequatio intellectus rei -adéquation entre l’intellect et la chose (Thomas d’Aquin), mais également adaequatio mentis et vitae adéquation entre l’esprit et la vie (Maurice Blondel[9]), selon cette alliance théorie/pratique si étrangère à notre contemporanéité, que Dominique Dubarle ressaissit chez Thomas d’Aquin à partir de Hegel en utilisant le concept d’ « anthropologie spéculative »[10].

 

 


[1] Thomas d’Aquin, Contra Gentiles, I, IX

[2] Emmanuel Falque, Dieu, la chair et l’autre, PUF, Épiméthée, Paris, 2008, p. 30

[3] Emmanuel Falque dans Dieu, la chair, et l’autre, p. 27

[4] Max Scheler, (GW. t. V), cité et traduit par J. Greisch, Le buisson ardent et les lumières de la raison, t. II, p.367 ; que nous reprenons nous même d’Emmanuel Falque, Dieu, la chair, et l’autre, p. 27, dans l’optique qui est plus proche de la notre

[5] Thomas d’Aquin, ST, IIa IIae, qu. 182, art. 4, resp.

[6] Thomas d’Aquin, ST, IIa IIae, qu. 184, art. 2 : « Peut-on être parfait en cette vie ? », début du respondeo : « La perfection de la vie chrétienne réside dans la charité »

[7] Thomas d’Aquin, ST, IIa IIae, qu. 181, art. 3, respondeo

[8] Thomas d’Aquin, ST. IIa, IIae, qu. 188, art. 6, resp.

[9] Maurice Blondel, « Le point de départ de la recherche philosophique », dans Œuvres complètes, t. II : 1888-1913. La philosophie de l’action et la crise modreniste, Paris, PUF, 1997, p. 556. Via Emmanuel Tourpe, Donation et consentement, Lessius, 2000, p. 170

[10] Domnique Dubarle, L’ontologie de Thomas d’Aquin, Paris, Cerf, 1996, p. 39